D’où vient notre peur des serpents ?


D’où vient notre peur des serpents ?
S’il existe un animal mal aimé dans notre pays, c’est bien le serpent ! Mais pourquoi tant de haine ?

Son anatomie unique a fait naître de nombreuses légendes et croyances encore vivaces aujourd’hui. La peur et la haine du serpent sont bien ancrées dans notre société. Il faut dire que, depuis plus de deux mille ans, la religion judéo-chrétienne en a fait un être sournois, sorti du plus profond des entrailles de la terre : de l’enfer. Responsable de tous nos malheurs, de la perte du paradis et de l’immortalité, il est le diable, Satan, Nahash, le serpent de la Genèse qui poussa Ève à croquer le fruit de la connaissance, et que Dieu condamna à manger de la poussière et à ramper.

Mais cette aversion n’est pas seulement théologique. La peur du serpent existe bien, elle porte le nom d’ophiophobie, du grec ophis,« serpent », et phobia, « peur ». Cette phobie parmi les plus répandues au monde se traduit par la peur d’être mordu ou étouffé, le refus d’aller dans des endroits susceptibles d’abriter des serpents (pierriers, zones en friche,vivariums…), par l’incapacité de les voir en image et même de parler d’eux.Cette maladie se soigne par des techniques d’hypnose ou cognitivo-comportementales consistant à amener la personne à parler de sa phobie et à y être confrontée progressivement.

Alors, cette crainte est-elle inscrite dans notre patrimoine génétique ou a-t-elle été conditionnée par nos civilisations ? Vaste sujet encore débattu. Dans la dernière décennie, des scientifiques ont soumis des macaques n’ayant jamais été en contact avec des serpents à plusieurs stimulus visuels (serpents, visages de singe, mains de singe et motifs géométriques simples). L’enregistrement des impulsions cérébrales (oscillations gamma)montre que les images de serpents augmentent l’intensité de ces impulsions,reflétant un état de stress chez les macaques. Ces résultats suggèrent que,sans apprentissage, les macaques reconnaîtraient les serpents comme dangereux et que cette crainte serait ancrée génétiquement. Chez l’homme, des expériences similaires, comprenant la présentation d’une image de serpent parmi huit fleurs et celle d’une image de fleur parmi huit serpents, ont montré que les personnes détectaient plus rapidement un serpent au milieu des fleurs qu’une fleur au milieu des serpents. Ces résultats soutiennent l’idée que notre aversion pour les serpents serait inscrite dans nos gènes. Cependant, dans ces études, les scientifiques n’ont pas tenu compte des caractéristiques physiques des serpents, de leur biologie et de leurs comportements. Tous les serpents n’étant pas dangereux pour l’homme, pourquoi devrions-nous les craindre sans distinction ?

En 2016 et 2019, une équipe de recherche française a montré que la peur des serpents pourrait être déclenchée par la présence de signaux aposématiques, comme les zigzags dorsaux ou l’élargissement de la tête en triangle.Ces signaux avertissent les animaux prédateurs de la dangerosité du serpent(ici la présence de venin). Durant leurs travaux, des images de serpents présentant ou non des signaux aposématiques étaient montrées à des enfants, qui devaient désigner l’image représentant un danger selon eux. Une autre de leurs études a mesuré l’activité cérébrale chez des adultes à la vue de différentes photos de serpents. Dans l’ensemble, la présence de signaux aposématiques a déclenché une perception plus négative de l’animal ou une activité cérébrale plus intense. Ces résultats suggèrent que la peur des serpents ne serait pas due aux serpents, mais bien aux signaux d’avertissement qu’ils possèdent.


Photographie : Cette Couleuvre astreptophore donne à sa tête la forme d’un triangle pour mettre en garde un agresseur éventuel.
© Françoise Serre Collet

 

Extrait issu du livre :

Dans la peau des serpents de France (3e édition augmentée)

Par Françoise Serre Collet

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