Idée reçue : toutes les chauves-souris dorment la tête en bas


Chez les Rhinolophes,les petits s’accrochent àleur mère la tête en haut.Tout se remet dans le bonsens dès qu’ils sont aptesau vol : ils deviennentalors des chauves-sourisnormales, accrochéesla tête en bas.Ici, de Petits Rhinolophesen hibernation. – © Laurent Arthur

« Quelle idée de se tenir à l’envers ? », doivent se demander les chauves-souris en nous voyant. Disons qu’être à l’envers, c’est avoir la tête dans le sens de la gravité. Eh bien, non, toutes les chauves-souris ne sont pas systématiquement suspendues la tête en bas.

Certaines se glissent àl’horizontale sous les toits, d’autres dans les fissures quel qu’en soitle sens… Cependant, les chauves-souris savent se tenir la tête enbas. Quiconque, tel Rémi Gaillard dans ses plus belles plaisanteriesfilmées, essaierait de les imiter comprendrait vite que cette positionest pour nous antinomique avec toute notion de repos… Les musclesse fatiguent vite, la respiration est compliquée et la tête devientrapidement rouge et douloureuse.

La circulation sanguine des chauves-souris ainsi que la structurede leur squelette et de leurs muscles les rendent très à l’aise la têteà l’envers. L’adaptation la plus remarquable est certainement cellede l’accrochage passif. Il permet à l’animal de dormir, d’entrer enléthargie, voire de mourir la tête en bas sans tomber, et il est possiblegrâce aux griffes du pied. En effet, un tendon fixé à la base de l’orteilpeut coulisser le long de l’os de l’orteil. Ainsi, tel un levier, lorsque la chauve-souris se pose, le tendon permet la flexion indépendantede chaque griffe sous le poids de l’animal, qui peut s’adapter à tousles supports d’accrochage, y compris les plus irréguliers.

Seul le poids de l’animal contrôle le mécanisme, très économe enénergie ! Pas étonnant donc qu’un individu endormi, entré enléthargie ou mort reste parfaitement suspendu. Il arrive même quel’on retrouve un squelette de chauve-souris dans cette position. Cesystème est à la fois efficace et puissant : il n’est pas rare de voir unanimal suspendu sur une seule patte. Pour désactiver cette actionmécanique, la chauve-souris doit se soulever à l’envol pour permettrela libération et le coulissage inverse du tendon, et ainsil’extension de la griffe.

Certains GrandsRhinolophes s’enveloppenttotalement, d’autresà moitié, et celui de gaucheici… pas du tout. C’estprobablement aussi unequestion de températureet d’hygrométrieressenties. Quant à saposture… certains humainsdorment bien avec lespieds hors descouvertures ! – © Laurent Arthur

En hibernation, les chauves-souris abaissent considérablement leurtempérature. Pour réagir à une menace, les animaux doiventdéployer une forte énergie, d’abord pour se réchauffer, ensuite pourmettre en oeuvre une réaction de défense ou de fuite. Cette énergieet ce temps considérables laisseraient tout le temps à un prédateurde se servir sans se presser. Se suspendre la tête en bas, c’est avanttout se tenir inaccessible aux prédateurs. D’autres périodes degrande vulnérabilité existent, en particulier la mise bas et le tempsdes nurseries pour les jeunes.

Cet extrait est issu de l'ouvrage :

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