Tout juste peut-on citerles papillons de jour des genres Nessaea et Graphium d’Amérique du Sud etd’Australie qui arborent des taches d’un bleu clair d’un bel effet. Cette colorationprovient d’un pigment biliaire (la ptérobiline) qui tire vers un bleuturquoise. D’autres pigments biliaires que nous avons croisés au chapitreprécédent présentent aussi des teintes souvent bleu-vert. Parmi les animauxdont la couleur bleutée est pigmentaire, citons également le homard. Demanière assez inattendue, cette couleur provient de l’association d’uncomplexe protéique, appelé crustacyanine, avec l’asthaxanthine. Ce caroténoïdeprésente une couleur orangée classique pour cette famille de pigmentlorsqu’il n’est pas lié au complexe protéique. Mais en s’associant à l’asthaxanthine,la crustacyanine décale son spectre d’absorption vers le rouge… jusqu’àla cuisson, qui dissocie le pigment et le complexe protéique, faisant perdre auhomard sa belle teinte bleue et dévoilant la couleur naturelle de l’asthaxanthine.Et c’est à peu près tout du côté des pigments bleus chez les animaux,qui ne peuvent compter sur les pigments bleus des végétaux. En effet, ladigestion des anthocyanes dégrade irrémédiablement ces flavonoïdes,contrairement à celle des caroténoïdes.
Pourtant, on trouve des animaux avec des teintes d’unbleu intense, comme certains dendrobates, ces petitesgrenouilles amazoniennes toxiques dont nous avons déjàparlé, comme des oiseaux (notre familière mésange bleue)et même comme certains primates, notamment le mandrill.Comment font-ils s’ils ne disposent pas de pigments bleus ? Si,jusque-là, nous nous sommes penchés sur le côté corpusculaire dela lumière, nous allons devoir maintenant considérer son aspectondulatoire et entrer dans les propriétés optiques de la matièreà l’échelle microscopique. Il faut pour cela s’intéresser à l’effetTyndall, en référence au savant et alpiniste irlandais JohnTyndall. Ce scientifique touche-à-tout — il fut par exemple l’undes premiers à comprendre le mécanisme de l’effet de serre —observa que lorsque la lumière rencontre de minuscules particules dontla taille est proche ou un peu plus petite que la longueur d’onde du rayonnement,d’une part, elle se diffuse en tous sens et, d’autre part, l’intensité de cettediffusion varie selon la longueur d’onde. Les bleus sont par conséquent réfléchis16 fois plus que les rouges. Et ce sont ainsi les aérosols présents dans l’atmosphèrequi provoquent le bleu du ciel. L’effet Tyndall est aussi appelé effetRayleigh, en mémoire du savant anglais qui mit le phénomène en équation.
Les plumes des oiseaux et la peau des grenouilles dendrobates tirent leurcoloration bleue et verte de cet effet Tyndall. Les plumes des oiseaux sontconstituées d’un axe central sur lequel se fixent des barbes. Celles-ciprésentent une face colorée (exposée à la lumière) tandis que l’autre estgénéralement nettement plus terne. De manière inattendue, un même pigment noir, la mélanine, colore les deux faces des plumes bleues. Face visible, lamolécule se présente en faible concentration, sous forme de microscopiquesgranules dans la kératine des barbes : à leur contact, les rayonnements bleusde la lumière sont disproportionnellement plus diffusés que les autrescouleurs. Face cachée, la mélanine est nettement plus concentrée et elleabsorbe alors tous les rayonnements, d’où la couleur sombre. Chez les batraciens,comme nous l’avons vu, l’effet Tyndall est provoqué par les cristaux deguanine, à l’instar des microgranules de mélanine. Chez les oiseaux comme lesgrenouilles, la lumière qui poursuit son chemin est entièrement absorbée parla couche inférieure de mélanine. Notre œil perçoit donc le bleu en excès. Si laplume ou la peau contient en plus une couche pigmentaire, notre œil détecterale mélange des deux couleurs, par exemple du vert si le pigment est jaune.



