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Qu’est-ce que l’océan profond ?

La planète Terre est mal nommée.Les terres parsèment la surface du globe telles des îles au milieu d’uneimmensité liquide ; elle devrait plutôt s’appeler planète Océan ! Sous lalumière du soleil, la surface océanique se pare de couleurs qui valent à laTerre son surnom de planète bleue. Mais cet océan ne se limite pas à une vasteétendue bleutée, il s’enfonce à des profondeurs moyennes avoisinant 4kilomètres, et plonge même à plus de 10 kilomètres. Les eaux de surface formentainsi une fine couverture éclairée surmontant un gigantesque océan profond etsombre. La planète bleue est donc en réalité une planète Océan noire ! En tantqu’espèce terrestre, nous ne faisons pas partie de ce biome, pourtant de loinle plus vaste. Pendant des milliers d’années, nous n’avons fait qu’en effleurerla surface, pour nous nourrir ou voyager. Longtemps inaccessible à notreespèce, l’océan a alimenté notre imagination et nous avons peuplé sesprofondeurs de créatures fantastiques et terribles, la baleine de Jonas, lekraken, le Léviathan, les sirènes, le serpent de mer… L’océan profond estlongtemps resté une contrée lointaine et fantasmée.


Les humains et l’océan profond :de l’imaginaire à la connaissance

C’est à partir du XIXesiècle que la connaissance va commencer à prendre le pas sur les croyances. Cesiècle est marqué par une découverte majeure qui va changer notrereprésentation de l’océan profond, résumée par les mots de Jules Michelet(1861) : « L’animalité est partout. Elle emplit et peuple tout. » La premièremoitié du siècle est dominée par l’image d’un abîme éternellement glacé,déserté de toute faune en raison de l’absence de lumière et de la pression élevée.La frontière de cet abîme serait peuplée de créatures voraces, dignes desrécits de monstres, tout un monde de prédateurs se dévorant les uns les autrespar manque de nourriture. Des profondeurs inhospitalières, une visionessentiellement anthropocentrée qui veut que la faune marine ne puissedescendre au-delà des limites supportables par l’être humain. À cette époque,les savants ne disposent que d’instruments rudimentaires immergés depuis lasurface, ils sont donc contraints d’élaborer ce panorama des abysses enextrapolant leurs connaissances du milieu continental et de quelques zonesmarines localisées. Ainsi, le naturaliste Edward Forbes, après avoir constatéla raréfaction de la faune au-delà de 550 mètres de profondeur en mer Égée,expose en 1843 sa « théorie azoïque » postulant l’absence de vie profonde, quifut alors érigée en loi universelle. Mais cette loi avait ses contradicteurset, dans la seconde moitié du xixe siècle, c’est la bascule : la théorie azoïqueest balayée et l’idée d’une vie dans l’océan profond s’impose. Avec l’essor del’océanographie, les expéditions se multiplient et les preuves s’accumulent aufur et à mesure des prélèvements d’animaux de plus en plus profonds, avec enpoint d’orgue la célèbre expédition britannique du HMS Challenger (1872-1876).Durant plus de trois années de navigation, l’équipe a parcouru plus de 120 000kilomètres à travers tous les océans du globe, et a recueilli un nombreconsidérable de données de zoologie, de physique et de chimie marines. À lamême période, les naturalistes Charles Wyville Thomson et George Wallichqualifient l’abîme marin de « terre promise » et de « terra incognita »,prémices de l’exploration à venir. La seconde révolution aura lieu au sièclesuivant, avec l’arrivée des sous-marins à partir des années 1930, mais surtoutaprès la Seconde Guerre mondiale. Le point le plus profond de l’océan, dans lafosse des Mariannes, sera atteint dès 1960 par le bathyscaphe Trieste.En 1977, le grand public découvrira les premières images des fumeurs noirs etdes animaux hydrothermaux ; un peu plus tard, celles des oasis autour des zonesd’émissions de méthane, et celles des « jardins » animaux et microbiens sedéveloppant sur les os de baleines. Plus récemment, la découverte de laproduction d’oxygène par les nodules polymétalliques ou celle de faunes vivantsous les croûtes hydrothermales nous montrent que l’exploration n’est pasterminée !

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