La sexualité des orques ne se limite pas à la reproduction :elle constitue un espace d’interactions sociales, d’apprentissage et parfois dejeu. Comme chez d’autres delphinidés, les contacts sexuels peuvent semanifester tout au long de l’année, sans lien direct avec les cyclesreproductifs. Ces comportements favorisent la cohésion au sein des groupes,réduisent les tensions et permettent aux jeunes d’acquérir une maitrisecorporelle essentielle à leur future vie d’adulte.
Les orques ont des relations sexuelles variées et souventludiques.
Les activités sexuelles entre mâles et femelles s’exprimenthabituellement dans le calme. Contrairement à l’image spectaculaire véhiculéepar certains documentaires, il n’y a généralement ni agressivité ni brusquerie.Les partenaires nagent de concert, adoptent des positions ventre contre ventreou côte à côte et peuvent répéter plusieurs séquences brèves. Les interactionssont d’autant plus discrètes qu’elles se déroulent souvent dans des eauxrelativement profondes ou à l’écart du groupe principal.
Les femelles contrôlent largement le déroulement de l’acte :ce sont elles qui, généralement, acceptent ou refusent le mâle. Chez certainespopulations résidentes du Pacifique Nord (orques de Scammon), où lessociabilités sont très fortes, la femelle peut même être accompagnée d’un oudeux membres de sa parentèle qui restent à proximité pendant la rencontre. Dansd’autres communautés, notamment chez certains groupes transients (orques deBigg), les couples ne se forment que ponctuellement, lors de déplacements oulorsqu’une femelle réceptive est repérée par un mâle de passage.
Des comportements homosexuels bien documentés
Les comportements homosexuels ne sont pas rares chez lesorques. Ils ont été observés chez les orques de Scammon et dans plusieursrégions du globe (Kamchatka, Norvège, Antarctique), ainsi qu’en captivité, enparticulier chez les jeunes mâles, qui explorent leurs capacités motrices ettactiles. Ces interactions, qui vont du frottement génital à la pénétrationsimulée, servent souvent de terrain d’expérimentation. Elles permettent auxindividus d’apprendre les codes sociaux et de renforcer des alliances qui pourrontcompter plus tard, notamment chez les mâles, qui doivent parfois coopérer pourapprocher certaines femelles.
Ces pratiques ne se limitent pas aux jeunes. Dans desgroupes très soudés, il arrive que deux adultes de même sexe s’engagent dansdes séquences prolongées d’excitation mutuelle. Elles ne suggèrent pas uneorientation sexuelle au sens humain du terme ; elles illustrent plutôt laflexibilité comportementale des orques et leur manière de gérer proximité,stress, intimité et hiérarchie. Chez femelles, les comportements homosexuels semanifestent notamment par des contacts ventraux prolongés, des caresses avecles nageoires pectorales et des frottements de flanc. Là encore, cescomportements semblent répondre autant à des besoins d’affiliation qu’à unesimple recherche de stimulation.
Des stratégies qui varient selon les populations
La sexualité des orques se déploie différemment selon lescommunautés et leurs traditions comportementales propres. Chez les résidentesdu Pacifique Nord-Est (orques de Scammon), par exemple, les mâles tendent às’accoupler en dehors de leur groupe natal. Ils parcourent parfois plusieursdizaines de kilomètres pour rencontrer une femelle réceptive d’un autre groupe,ce qui contribue à limiter la consanguinité.
Chez les populations qui se déplacent sur de vastesdistances (certaines orques antarctiques ou subantarctiques, par exemple), lesrencontres sont plus opportunistes. Les associations temporaires entre groupesreprésentent souvent l’unique contexte permettant des rapprochements sexuelsentre mâles et femelles.
Les orques de l’écotype Bigg (transientes) montrentégalement une grande flexibilité (voir fiche 15). Les mâles, qui viventparfois avec leur mère jusqu’à un âge avancé, s’écartent temporairement dugroupe familial lorsqu’une femelle est en chaleur. L’acte lui-même est rapide,mais il peut être précédé de longues phases de poursuites subtiles, de rapprochements,de contacts tactiles et de vocalisations discrètes.
Enfin, certaines populations océaniques semblent s’accouplerselon des modalités encore mal connues. Leur mode de vie pélagique rend lesobservations difficiles, toutefois les brèves interactions captées par leschercheurs suggèrent que leur activité sexuelle pourrait être plus fréquentequ’on ne l’imagine, et probablement structurée par des traditions propres àchaque lignée.



