En 2021, les experts de l’Organisation des Nations unies (ONU) prévoyaient une élévation « probable » du niveau de la mer de 40 à 80 centimètres d’ici 2100. Ce rythme (de 4à 6 mm/an) peut encore s’accélérer. Cette montée du niveau des océans mettra à rude épreuve la résilience de l’humanité d’ici la fin du siècle et au-delà. En effet, près de 230 millions de personnes vivent actuellement en zones côtières, moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer.
Si le niveau de l’océan s’est élevé de dix centimètres au cours des trente dernières années, ce n’est pas la fonte de la banquise (glace de mer) qui en est responsable. Il faut en effet bien distinguer ce qui relève de la glace de mer flottante (banquise), de ce qui correspond aux glaciers continentaux et calottes glaciaires. La banquise en Antarctique (pôle Sud) et Arctique (pôle Nord) est déjà dans l’eau : sa fonte n’a pas d’effet sur le niveau de l’océan, car la glace déplaçait déjà un volume d’eau dont le poids était équivalent au sien (principe d’Archimède). A contrario, les glaces continentales sont des eaux solidifiées en dehors de l’océan, reposant sur la terre ferme et à l’origine des icebergs (eau douce) lorsqu’elles s’en détachent. Ces derniers sont généralement plus épais et plus froids que la banquise, qui, quant à elle, est fragile et se fragmente en plaques. En fondant, cette glace continentale s’ajoute à l’océan, augmentant son volume.
Cependant, les processus en jeu en ce qui concerne la banquise et les glaciers continentaux ne sont pas indépendants. En Antarctique, la glace de mer a atteint une étendue maximale de 17,8 millions de kilomètres carrés en 2025, soit la troisième valeur la plus faible jamais mesurée, équivalente à une perte de près de 900 000 kilomètres carrés comparée à la moyenne sur la période 1980-2000. Le réchauffement des eaux profondes limite la capacité de la mer à geler, même pendant les mois les plus froids. Les modifications des régimes de vent influencent également la compacité et la formation de la glace. Moins de glace de mer signifie une absorption du rayonnement solaire plus importante de l’océan en raison de la moindre réverbération par la couleur blanche de la glace. Au-delà des perturbations induites sur la biodiversité, la réduction de cette glace fragilise la stabilité des plates-formes de glace continentale qui contribuent alors à l’élévation du niveau de la mer. Les deux processus s’autoalimentent donc !
La fonte de la calotte glaciaire de l’Antarctique et du Groenland a quadruplé depuis les années 1990. Une fonte totale induirait une hausse de 65 à 70 mètres du niveau de la mer. Mesurée depuis plus de vingt ans, cette élévation est directement imputée au changement climatique qui provoque la dilatation de l’eau ainsi que la fonte des glaciers et calottes glaciaires, respectivement à hauteur de 30 % et 70 %.Cette dilatation est purement physique, l’eau prenant en effet plus de place en se réchauffant. Or, l’océan absorbe plus de 90 % de l’excès de chaleur provoqué parles activités humaines avec un record de chaleur absorbée atteint en 2025 sur les 2 000 premiers mètres de l’océan. En 2024, la dilatation de l’eau a joué un rôle plus important, contribuant aux deux tiers du taux d’élévation annuel.



