Delivery to Metropolitan France at only €0.01 for purchases of €35 or more, from Novembre 10th to December 31st 2025

Mémoire spatiale et cachettes chez les oiseaux


La mésange à tête noire connaît une existence difficile, vivant àhaute altitude, là où la nourriture est rare. Elle doit cacher en automne dequoi se nourrir lors des longs et froids mois d’hiver, lorsque peu de chosescomestibles poussent. - © Shutterstock

La vie n’est pas facile pour un cassenoix d’Amérique. Pour survivre à l’hiver, dans la toundra enneigéedes Rocheuses, il lui faut une mémoire spatiale qui lui permette de retrouver précisément les réservesde nourriture constituées plusieurs mois plus tôt. Il s’est adapté à se nourrir de pignons de pin età creuser des sols durs. Ne mangeant rien d’autre, il est dépendant de ces caches.

LE JEU DES CHIFFRES
La vie est moins difficile pour le geai des pinèdes, un autrecorvidé nord-américain. S’il vit aussi à haute altitude, ildépend moins des pignons de pin : même s’il cache autourde 22 000 graines par an, il consomme et cache d’autresaliments. En comparaison, la vie est facile pour le geaibuissonnier. Il vit aux environs du niveau de la mer, fouinantles broussailles et les parcs de l’Ouest urbain des États-Unis,et bien qu’il cache lui aussi sa nourriture, il le fait bien moinsque les deux autres (autour de 6 000 pignons de pin par an).En laboratoire, où l’on a testé les capacités des trois àcacher et à retrouver, mais aussi leur mémoire spatialegénérale, le cassenoix d’Amérique et le geai des pinèdes ontsystématiquement surclassé le geai buissonnier, commettantun nombre d’erreurs limité avant de retrouver des caches,mais aussi se souvenant de caches après des temps pluslongs. Une mémoire spatiale moins développée chez le geaibuissonnier qui reflète bien sa dépendance moins grande parrapport à la dissimulation de la nourriture.

UNE IMAGE PAS SI SIMPLE
Cette représentation relativement simple du rapport entredépendance à cacher, variabilité climatique et mémoirespatiale est considérée comme l’un des exemples les plusclairs d’une spécialisation adaptative de la cognition, end’autres termes d’une habileté cognitive (par exemple lamémoire spatiale), qui aurait évolué de manière à résoudreun problème écologique spécifique (comme arriver à localiser ses caches). Toutefois l’image est plus complexe qu’il n’yparaît de prime abord. Pour commencer, nous ne savonspas réellement combien de graines chaque espèce cachechaque année et pour combien de temps ; les chiffres ne sontque des estimations, souvent issues d’expérimentations enlaboratoire. Par ailleurs, on se concentre ici sur le nombre depignons cachés. Or si le cassenoix d’Amérique, et dans unemoindre mesure le geai des pinèdes, se sont spécialisés dansla consommation et le stockage de pignons de pin, le geaibuissonnier présente un régime alimentaire élargi qui intègredes invertébrés et des baies. Enfin, si ce dernier vità des altitudes moins élevées que les deux autres, celane signifie pas pour autant que son environnement estmoins hostile. Pour avoir vécu dans la Vallée centrale de laCalifornie, je peux attester que la vie pour un petit oiseaune peut pas être qualifiée de facile à 46 °C et avec desressources en eau limitées. Les aliments préférés du geaibuissonnier ont des durées de conservation limitées, dansces lieux où une exposition prolongée au soleil les feraitpourrir très rapidement. Ces aliments sont aussi la cibledes pillards et ne peuvent pas être laissés seuls longtempssans protection. C’est pourquoi, si le cassenoix a adapté samémoire spatiale afin de se souvenir d’un grand nombre decaches, le geai buissonnier a pu se tourner vers une formedifférente de mémoire, adaptée à des problèmes différents,comme se souvenir du moment où la nourriture a été cachée,de son type et de l’endroit, et même de qui ou de ce qui a puobserver la scène à ce moment-là.

Les corvidés américains qui vivent à différentes altitudes etdans différents environnements, présentent une dépendance variable aufait de cacher leur nourriture. Les espèces vivant à plus haute altitudecachent de plus grandes quantités de graines que celles vivant plus bas. - © John Woodcock

Les corvidés ne sont pas les seuls oiseaux à cacher de lanourriture. Certains pics, le miro rubisole et les pies-grièchesle font aussi régulièrement, mais loin derrière les mésangesqui font partie des pratiquants les plus assidus de cettetechnique. Ils ne laissent pas cependant leurs provisions aussilongtemps que les corvidés, probablement en raison de leurpetite taille qui fait qu’ils ne peuvent pas trop endurer le froidsans s’alimenter régulièrement. Comme pour les corvidés,lorsque l’on compare des mésanges qui cachent comme lesmésanges noires, boréales et nonnettes, avec celles qui ne lefont pas, comme les mésanges bleues et charbonnières, surdes tâches sollicitant la mémoire spatiale mais ne concernantpas cette dissimulation de la nourriture, les espèces quicachent surpassent malgré tout les autres, que ce soit pourse souvenir où elles ont aperçu de la nourriture ou pour seservir de repères dans l’espace plutôt que de repères coloréspour trouver de la nourriture.

DES CACHES BALISÉES
Comment font le cassenoix d’Amérique et la mésange à têtenoire pour trouver leurs caches parfois des mois après ?L’idée la plus répandue serait qu’ils exploitent les rapportsentre l’emplacement de leurs caches et les points de repèresnaturels présents, comme des arbres ou des rochers. Cesrepères sont suffisamment gros pour être visibles mêmecouverts de neige, et plus les repères sont nombreux, plus lalocalisation est précise. Les oiseaux se servent de repères àla fois locaux et globaux. À l’instar des pigeons cherchant àretrouver leur domicile, ils utilisent des repères globaux plusgros (comme des montagnes ou des rangées d’arbres) pourse concentrer sur la bonne région, puis la configuration derepères plus petits, comme des arbres, pour cibler leur cache.Pour démontrer cela, des cassenoix furent soumis à destests dans une arène couverte de sable, où l’on avait placédivers rochers. Les oiseaux cachèrent de la nourriture prèsdes rochers. Sur la moitié de l’arène, on déplaça ensuite lesrochers repères de 20 cm vers la droite. On laissa les oiseauxpartir en quête de leurs caches. Du côté droit de l’arène, ilsconcentrèrent leurs recherches en se basant sur les repèresdéplacés et non sur la localisation réelle de leurs caches. Ducôté gauche, où rien n’avait été bougé, ils retrouvèrent avecune grande précision leurs caches.

--:-- / --:--