Avoir les yeux (presque) plus gros que le ventre


L’anatomie asymétrique de ses oreilles internes permet à ce hibou grand-duc de localiser très précisément ses proies, même dans l’obscurité. - © Adobe Stock / Martin

Des cinq sens, la vue et l’ouïe jouent clairement un rôle majeur chez les oiseaux. D’un point de vue anatomique, l’oeil des oiseaux a plus à voir avec celui des reptiles qu’avec celui des mammifères : il est fixé au crâne par un anneau cartilagineux.

De forme plus plate que le nôtre, l’oeil des oiseaux offre paradoxalementune plus grande profondeur de champ : des objets proches comme lointainsapparaissent nets simultanément. On considère que leur vision est au moinsaussi performante que celle des primates. Leurs yeux sont très développés. Parexemple, ils représentent 15 % de la tête chez l’étourneau. Les yeux des rapacessont même nettement plus grands proportionnellement que les nôtres. À l’exceptiondes rapaces nocturnes, les yeux des oiseaux sont disposés de chaque côtéde la tête, en position latérale, comme les chevaux, plutôt que frontale commechez l’homme. Cette disposition offre un champ de vision panoramique, ce quiest utile par exemple pour détecter un prédateur à l’approche. Le revers de lamédaille est que les oiseaux ont une capacité plus limitée à apprécier lesdistances : leur vision est essentiellement monoculaire,c’est-à-dire que les images de chacun de leurs yeux serecoupent peu. Or, les distances ne peuvent êtrecorrectement estimées que pour des objets situésdans la portion du champ visuel communeaux deux yeux (stéréoscopie). Les rapaces aux deux yeux (stéréoscopie). Les rapacesnocturnes ont quant à eux les yeux en positionfrontale comme nous : la stéréoscopie leurpermet de déterminer précisément la positionde leur proie lorsqu’ils fondent dessus.Les autres espèces doivent donc compenserleur handicap par des mouvements de la tête endirection de l’objet.

L’aigle royal est un chasseurredoutable, capable de tuerde jeunes chamois.Il ne dédaigne pas non plusles carcasses, quand les proiesse font rares et plus difficilesà débusquer. - © Geoffrey Garcel

Comme chez tous les vertébrés, la rétine desoiseaux dispose de deux types de cellules réceptrices.Les cônes permettent de déterminer les couleurs mais uniquement lorsque la luminosité est suffisammentimportante. Dans la pénombre, ces cônes deviennent inopérants,ce sont alors les bâtonnets, plus sensibles à la lumière,qui prennent le relais. Cependant, les bâtonnets nepermettent pas de distinguer les couleurs : ce sont euxqui nous font dire que, la nuit, tous les chats sont gris.La densité des cellules rétiniennes chez les oiseauxest supérieure à celle de la majorité des mammifères.La rétine des rapaces nocturnes dispose del’ordre du million de bâtonnets par millimètrecarré, ces cellules particulièrement sensibles auxfaibles lumières, soit quatre fois plus que l’œil humain.

Le tapetum lucidum est une autre adaptation anatomiquede ces chasseurs de la nuit : cette couche situéederrière la rétine réfléchit la lumière et agit à la manièred’un amplificateur. En outre, les oiseaux, surtout les espècesdiurnes, disposent de quatre types de cônes photorécepteurssensibles à des longueurs d’onde différentes, là où l’œil humainn’en dispose que de trois types : ils peuvent notamment voir dans lesultraviolets, une faculté qu’ils utilisent pour se reconnaître entre eux ou encore,chez les faucons, pour suivre la trace des rongeurs dans la végétation.En effet, la majorité des rongeurs marquent leur territoire avec leur urine ou leursfèces, lesquelles absorbent les rayons ultraviolets.Outre ces adaptations anatomiques,l’acuité visuelle des oiseaux repose aussi sur l’existencede lobes optiques de très grosse taille dans le cerveau, capablesde traiter l’information nerveuse en provenance des globesoculaires probablement plus finement que chez lesmammifères.

Le rouge-gorge repère les petits insectesdont il se nourrit même dans la pénombre.Cette capacité visuelle expliquecertainement pourquoi il est l’un de noschanteurs les plus matinaux. - © creativenature.nl / Adobe Stock

Mais le plus incroyable en ce qui concerne lesyeux des oiseaux est peut-être encoreailleurs : ils leur permettraient de voir lalumière polarisée et, plus fort encore, lechamp magnétique terrestre ! Cela fait longtempsque l’on sait que le champ magnétiqueterrestre intervient dans l’orientation des oiseauxmigrateurs. La présence de cristaux d’oxyde de ferdans leur bec semblait pouvoir fournir une explication àcette capacité étonnante mais des expériences avaient permisde rejeter cette hypothèse. Ce sont des recherches récentes sur desprotéines de l’oeil qui relancent le débat. Plus précisément, les chercheurs se sont intéressés à des protéines photoréceptrices sensibles à la lumière bleue, appeléescryptochromes. Ces protéines présentes dans tout le règne animal et végétal sontsensibles au champ terrestre et sont impliquées dans la régulation des rythmescircadiens (alternance jour/nuit). L’une de ces protéines (Cry4), dont laconcentration est maximale dans la zone centrale de la rétine, se présente commeune bonne candidate pour expliquer la magnétoréception : les oiseaux verraientainsi littéralement le champ magnétique ! Des chercheurs supposent que cetteinformation s’ajouterait au spectre visible (donc à une image telle que notre oeilla perçoit) à la façon d’un filtre dont l’opacité varierait en fonction de l’intensitédu champ magnétique.

This text is an extract of the following book (in French):

--:-- / --:--