La reproduction chez les araignées : rencontres à haut risque


Mâle adulte d’Araneus diadematusde 7 mm (Araneidae). - © Philippe Blanchot

Les modalités d’accouplement sont loin d’être banales chez les araignées maistout d’abord distinguons le mâle de la femelle. Il existe souvent un dimorphismesexuel de taille, les mâles étant généralement plus petits que les femelles, voirejusqu’à une longueur de corps de cinq à dix fois inférieure, mais ce n’est pas lecritère primordial.

La distinction sexuelle se fait grâce aux pédipalpes. Chez la femelle, les extrémitésde ces appendices sont fines, tout comme celles des autres paires de pattes.Chez le mâle, elles s’élargissent et se creusent pour y loger une sorte de bulbeappelé « bulbe copulateur », qui a l’aspect d’un gant de boxe au stade juvénile.C’est seulement au moment de la mue adulte de l’araignée que les bulbes apparaîtrontréellement dans leur complexité plus ou moins marquée. Ces bulbesvont servir lors de l’accouplement. Les mâles des araignées possèdent une dispositionpresque unique dans le monde animal : un organe d’accouplement entièrementséparé de l’organe génital.

Et le premier acte du mâle, une fois adulte, sera de remplir ses bulbes qui sontvides au sortir de sa dernière mue car le stock de spermatozoïdes est situé dansses organes génitaux abdominaux et ne passe pas par voie interne. Commentva-t-il procéder ? Il commence par émettre quelques fils de soie pour former unepetite toile dite « spermatique ». De dimension variable, celle-ci sert à déposerles gouttelettes de sperme émises au niveau de la fente génitale. Certains mâlesutilisent parfois juste des fils existants sur le bord des pièges de femelles. Leremplissage des bulbes se fait au contact de ces gouttes déposées sur la toile, parcapillarité. Une fois remplis, ces organes, complémentaires des organes sexuelsfemelles, sont opérationnels.

Repérez le mâle de Nephila inaurata (6 mm,Nephilidae) sur la toile de la femelle (6 cm) !Pour éviter d’être pris pour une proie,il s’approche précautionneusement de la femelleavant l’accouplement ou profite d’une phasede nourrissage pour se glisser près d’elle. - © Philippe Blanchot

Lors de cette période de reproduction, lesmâles deviennent tous errants, partant à larecherche d’une partenaire. Le repérage sefait en général grâce à leur odorat, les femellessecrétant une odeur spécifique et très volatileque les mâles sont capables de distinguer.Cette phéromone sexuelle imprègne les filsde déplacement, ou est dispersée dans l’airprès de son piège ou de son refuge. Lerapprochementdes sexes s’opère ensuite dedifférentes manières mais il faut surtout quele mâle ne soit pas perçu comme une proiepotentielle car n’oubliez pas que ces animauxsont prédateurs et que la taille des mâles estsouvent inférieure à celle des femelles. Cesmanoeuvres prénuptiales, plus ou moinssophistiquées, ont des durées variables, dequelques minutes à plusieurs heures. Cheztoutes les araignées à toile, le rapprochements’opère en pratiquant des tiraillements et despercussions sur les fils de l’édifice en soie oude la retraite qui lui est associée, à l’aide deleurs pattes. L’attente près de la toile se faitparfois en compagnie d’autres « concurrents» car certaines femelles pratiquent lapolyandrie (accouplement avec plusieursmâles). Chez quelques espèces de Theridiidae,le mâle, adulte avant la femelle, attend près dupiège en soie que celle-ci effectue sa dernièremue, s’approchant alors pendant la phase deséchage quand son nouveau tégument estencore mou. Chez les araignées errantes quine fabriquent pas de piège, les mâles peuventattirer les femelles en émettant des sons, soit produits par des tambourinages surle sol ou le feuillage (cas des araignées-loups ou Lycosidae), soit engendrés pardes organes de stridulation situés à différents niveaux du corps selon les espèces.D’autres encore, comme les Thomisidae, pratiquent des sortes de danse nuptiale,les uns en tournant autour des femelles tout en dévidant des fils de soie qui labloqueront pendant la durée de l’accouplement (une fois le mâle parti, elle pourra se débarrasser de ses entraves sans problème), les autres en faisant degrands mouvements avec leur corps et leurs pattes, dont une paire est parfois trèsdéveloppée (cas des Salticidae qui ont une bonne vue et dont les mâles arborentsouvent des couleurs marquées qui entreraient dans la séduction des femelles).Et quel spectacle que d’observer un mâle de Pisaura mirabilis (Clerck 1757)apporter un ballot de soie renfermant le plus souvent une proie qu’il va offrir à lafemelle ; si le « cadeau » est accepté et qu’elle commence à s’en nourrir, le mâleen profite pour s’accoupler !

Toutes les manoeuvres étant accomplies, le rapprochement physique peut sefaire, ponctué de quelques attouchements ayant toujours pour but de diminuerl’agressivité de la partenaire.

Une des mauvaises réputations des araignées est basée sur la mort du mâle quiserait dévoré par la femelle après l’acte de copulation, ce qui est loin d’être systématique.Certains mâles cohabitent en effet avec les femelles pendant une courtepériode, parfois sur la même toile, dans une même loge de soie ou dans un terrier,l’agressivité naturelle étant diminuée pendant cette période de vie. D’autrespratiquent même la polygamie, s’accouplant avec plusieurs partenaires.Néanmoins, une fois fécondées, les femelles de plusieurs espèces reprennent trèsrapidement leur comportement de prédateur et tentent d’attraper les mâles quipeuvent parfois y laisser quelques membres, si ce n’est la vie !

Cet extrait est issu de l'ouvrage :

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